La frontière entre le Cambodge et la Thaïlande a été définie au début du XXe siècle par les traités franco-siamois de 1904 et 1907. Dans sa partie nord, elle suit la chaîne des monts Dangrek, où se situe le temple khmer de Preah Vihear, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2008. Attribué au Cambodge par la Cour internationale de justice en 1962, décision précisée en 2013, le site demeure au cœur des tensions territoriales entre les deux pays.
Après de nouveaux affrontements à l’été 2025, plusieurs villages cambodgiens frontaliers sont évacués et une partie de leurs habitants contrainte de quitter leurs maisons. Un accord de paix signé le 26 octobre à Kuala Lumpur laisse espérer une accalmie. Mais dès novembre, les violences reprennent. À Prey Chan, vingt minutes après la réalisation de photographies et d’entretiens avec les habitants du village, des soldats thaïlandais ouvrent le feu sur le groupe rencontré, faisant un mort et trois blessés parmi les civils.
En décembre, le conflit s’intensifie. Bombardements et tirs provoquent de nouveaux déplacements massifs de population et touchent plusieurs zones frontalières. Le temple de Preah Vihear est durement endommagé par les combats. Selon les autorités cambodgiennes, 562 impacts sont recensés sur le site et dans ses environs. Plus de 1 300 engins explosifs sont également découverts dans la zone à l’issue des combats, notamment des munitions non explosées.
En mars 2026, un second reportage à Prey Chan et Chork Chey révèle des villages désertés et un territoire profondément transformé. Barbelés, conteneurs et positions militaires occupés par des soldats thaïlandais matérialisent désormais une nouvelle ligne de contrôle, tandis que des dizaines de milliers d’habitants vivent toujours dans des camps de déplacés.
Réalisé en novembre 2025 puis en mars 2026, ce travail documente les conséquences du conflit sur les populations civiles, les traces laissées par les bombardements et la transformation progressive d’une frontière dont le tracé reste au cœur du contentieux entre les deux pays.
Boeung Trakuon, province de Banteay Meanchey, Cambodge, mars 2026. Une maison abandonnée porte les traces des combats de décembre 2025. De nombreux impacts de tirs sont encore visibles sur la façade.
Frontière Cambodge-Thaïlande, côté cambodgien. Village de Prey Chan, commune d’O’Bei Choan, 
district O’Chrov, province de Banteay Meanchey.
La population, déplacée suite aux affrontements, vit tout près des barbelés.
Hak Pov, 58 ans, à gauche, a perdu sa jambe il y a quinze ans, après avoir marché sur une mine anti-personnelle. L’armée thaïlandaise l’a chassé de chez lui il y a trois mois, puis a détruit sa maison. Lui et sa famille n’ont pas eu le temps d’emporter leurs affaires, et ont dû laisser leurs chiens et leurs poules. Aujourd’hui ils vivent principalement de dons et de l’aide du gouvernement.
Village de Chock Chey, province de Banteay Meanchey. Cette famille vit de dons d’ONG et de l’aide du gouvernement. Le père de famille se désole de ne plus pouvoir subvenir aux besoins des siens. Il ne sait pas dans quel état est maintenant sa maison qui se trouve sur la ligne frontière, les soldats ont sorti tous leurs biens et les ont détruits. Lui et sa famille ne se sentent pas en sécurité, Ils doivent aussi faire face aux intempéries, les pluies sont intenses et les vents violents durant la mousson qui s’achève en ce milieu du mois de novembre.
Suite aux tirs côté thaïlandais, entre 15h et 17h le 12 novembre 2025, un premier blessé arrive à l’hôpital le plus proche, les tirs des militaires thaïlandais feront un mort et trois blessés, tous civils.
Suite aux tirs du 12 novembre, le même jour, la population a été massivement évacuée hors de la zone frontalière, pour être accueillie dans les jardins de la pagode Wat Chansi Samki Ratanaram. Ici le 15 novembre

Plus de 800 familles seront déplacées en urgence

De retour en mars 2026, le constat de la Nouvelle frontière mise en place par l’armée thaïlandaise sur le territoire cambodgien dans la zone de Boeung Trakuan, province de Banteay Meanchey.

De nombreuses maisons ont été détruites et les biens pillés, comment l'attestent les habitants de la,zone de Boeung Trakuan, province de Banteay Meanchey.

De nombreux explosifs sont encore présents dans la région, ici un Obus non explosé, surveillé par un militaire cambodgien, 
zone de Boeung Trakuan, Province de Banteay Meanchey

Militaires cambodgiens en poste près de la frontière, zone de Boeung Trakuan.

Explosifs thaïlandais

Positions militaires thaïlandaises composées de conteneurs et de barbelés installés sur le territoire cambodgien dans la province de Banteay Meanchey, au premier plan un militaire cambodgien devant les positions cambodgiennes.

Des civils cambodgiens des villages de Prey Chan et Chock Chey, deplacés par des affrontements entre les forces thaïlandaises et cambodgiennes en décembre 2025 trouvent refuge a la pagode Wat Chansi Samki dans la province de Banteay Meanchey.

Les autorités locales, aidées par des ONG, s’organisent pour maintenir la scolarité dans le camp.

Dégâts visibles au temple de Preah Vihear au nord du Cambodge, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO et situé le long de la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande. Le temple, qui date de la première moitié du XIe siècle, a été endommagé lors des affrontements militaires entre les deux pays en juillet, puis en décembre 2025. Selon les autorités cambodgiennes, 562 impacts liés a des tirs d'artillerie ont été recensés sur le complexe, tandis que les équipes de déminage ont ensuite découvert plus de 1 300 munitions non explosées dans les environs.

Cheng Senglim, directeur adjoint du Service cambodgien de déminage (CMAS, Cambodian Mine Action Centre) observe les impacts d’obus sur un mur du temple de Preah Vihear après les bombardements thaïlandais de décembre 2025

Hem Si Nath, directeur général délégué de l’Autorité nationale de Preah Vihear, observe les dégâts dans une galerie du temple de Preah Vihear

Un obus d’artillerie non explosé, entouré de sacs de sable pour être sécurisé,
à l’intérieur du complexe du temple de Preah Vihear. Un agent du Centre cambodgien de déminage (CMAC) se tient a l’arrière-plan.

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